Alerte de l’IPBES sur un effondrement annoncé de la bio diversité.

La plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques l’IPBES, nous alarme sur l’effondrement avenir de la biodiversité dans le monde ! Les scientifiques estiment que plus d’une espèce vivante sur huit, soit un million espèces, risquent de disparaître de la surface du globe dans les prochaines décennies. Les causes sont multiples, mais l’une d’elles semble être prioritaire et la plus critique, celle d’un bouleversement écologique dans l’utilisation des sols. L’urbanisation excessive fait disparaître les terres arables écologiquement cultivées, mais surtout les forêts, les zones humides où les prairies naturelles qui se sont transformées en champs stériles ou en pâture. Certains accusent aussi la croissance démographique, la croissance économique, et ces corollaires tels que l’augmentation de la consommation des produits de l’élevage des animaux, des produits manufacturés, des produits issus des exploitations minières, pétrolières, mais aussi de la nature en particulier les déforestations pour l’exploitation des essences forestières, etc. Rien de bien réjouissant pour notre terre protectrice et nourricière ! Une prise de conscience politique au niveau mondial est nécessaire pour que ce cri d’alarme ne reste pas vain et que chacun des êtres humains qui peuplent cette belle planète bleue, individuellement ou collectivement se ressaisisse. Faire que cette biodiversité qui nous est essentielle dans l’acceptation que nous nous faisons tous ensemble de ne pas être les destructeurs obscurs et irraisonnés d’un écosystème diversifié indispensable à la survie de notre espèce et de bien d’autres sur cette planète. Dans le cas contraire, nous léguerons aux générations futures une nature ou la biodiversité effondrée leur laissera que peu de choix soit mourir ou fuir vers d’autres univers intergalactiques pour coloniser d’autres planètes plus accueillantes. 


Luc Abadie Dans Revue juridique de l’environnement 2018/3 (Volume 43), pages 455 à 457 nous propose un article à ce sujet intitulé:


L’effondrement de la biodiversité, jusqu’où ?

La loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages adoptée en août 2016 est un acte politique très fort qui remet à sa juste place le vivant dans les stratégies de transition écologique de la société. Elle propose en effet une vision plurielle de la biodiversité et jette les bases d’actions multi-objectifs et multi-acteurs pour des politiques publiques plus efficaces. Et surtout, elle reconnaît de fait la situation plus que préoccupante de la biodiversité qu’elle érige au rang de priorité. Mais pourquoi toute cette agitation ? Finalement, que se cache-t-il derrière le mot biodiversité ?

La biodiversité est souvent évaluée à travers la notion d’espèce, on compte les espèces présentes dans tel ou tel milieu. En réalité la biodiversité est beaucoup plus large que cela ; elle désigne la variabilité du vivant à toutes les échelles, y compris la différenciation génétique entre organismes, mais aussi, et on l’oublie souvent, le réseau des interactions qui se construisent entre les organismes, et entre les organismes et leur milieu physique ou chimique. Tout cela se structurant dans l’espace et dans le temps sous la forme de ce que nous appelons des écosystèmes.

La nécessité d’une action vigoureuse en faveur de la biodiversité est justifiée à la fois par la disparition en cours ou avérée d’un grand nombre d’espèces et, peut-être plus encore, par l’évolution récente des effectifs de nombreuses espèces. Historiquement, l’impact négatif de notre espèce sur les organismes non humains s’est fait sentir dès que les densités humaines se sont accrues de manière significative, ou dès que des populations humaines ont colonisé des territoires nouveaux. On observe par exemple en Australie et en Amérique du Nord une chute drastique du nombre de grands mammifères au moment de la colonisation de ces continents par l’Homme ; à Madagascar et en Nouvelle-Zélande, c’est même la totalité des grands animaux qui a disparu peu après l’an 1000. Le phénomène est encore plus clair en ce qui concerne les oiseaux d’un certain nombre d’îles du Pacifique comme les Fidji, les Tonga, la Nouvelle-Zélande, Hawaï, les Galapagos, dont le nombre d’espèces a régressé d’un tiers à la moitié très vite après l’arrivée des premiers humains, probablement à cause des animaux commensaux comme les rats ou les chiens.

Entre 1 500 et 2 000, ce sont 731 espèces animales et végétales qui se sont éteintes (Dirzo & Raven 2003, Ann. Rev. Environ. Resour. 28 : 137-167) ; ce chiffre est évidemment une sous-estimation de la réalité puisqu’il ne concerne que des espèces de grande taille repérées depuis longtemps. Aujourd’hui, toutes les données chiffrées disponibles montrent la même dynamique : une chute vertigineuse de la densité des organismes. En France, l’indicateur oiseaux communs produit par un laboratoire du CNRS et du Muséum national d’histoire naturelle est sans ambiguïté : entre 1989 et 2017, l’abondance des oiseaux spécialistes a régressé en moyenne de 22%, et de 33% dans les espaces agricoles (http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr). Seules les espèces généralistes ne s’en sortent pas trop mal, au moins jusqu’à présent. Cette tendance, affolante, est confirmée pour les oiseaux d’Europe dont la population totale a régressé d’environ 420 millions d’individus en 30 ans (Inger et al. 2015, Ecol. Lett. 18 :28-36). En Allemagne, dans des espaces protégés, une perte d’abondance d’insectes sur une période de 24 ans a été mise en évidence (Vogel 2017, Science 356 : 576-579). Il faut bien comprendre ce que cela signifie : une perte d’abondance, surtout quand elle est aussi rapide et aussi générale, est juste la manifestation concrète d’un processus d’extinction de masse.

Il faut être lucide, même si cela peut heurter ou gêner certains : c’est bien à un effondrement du vivant auquel nous assistons en direct. Les causes de ce phénomène sont claires : c’est l’expansion des milieux modifiés par l’Homme, notamment pour la production de nourriture, qui est le principal moteur de l’extinction des espèces. Pour en saisir l’ampleur, on peut rappeler que l’agriculture et l’élevage occupent aujourd’hui un tiers des surfaces continentales. On peut aussi se référer à deux études marquantes. La première, publiée il y a près de 15 ans, montrait que l’appropriation par les humains de la production primaire, ce flux de matière végétale qui est à la base de tout le réseau vivant sur notre planète, atteignait 80% en Asie méridionale et 70% en Europe de l’Ouest (Imhoff et al. 2004, Nature 429 : 870-873) ; autant dire qu’il ne reste pas grand-chose pour les autres êtres vivants. La seconde, qui date de quelques semaines, signale que la masse des êtres humains et celle des animaux d’élevage, sont respectivement 10 fois et 14 fois supérieures à celles des mammifères sauvages (Bar-On et al. 2018, Proc. Nat. Acad. Sc. doi/10.1073/pnas.1711842115) ; que nous appartenions à une espèce invasive ne fait aucun doute…

Quelle est la signification profonde de cet effondrement du vivant ? Fondamentalement, la crise de la biodiversité est la destruction d’un patrimoine issu d’un processus de long terme, de très long terme, que l’on appelle l’Évolution. Toute espèce est une expression unique de l’Évolution. Sa disparition, et par conséquent celle des systèmes écologiques dans lesquels elle est insérée, est une perte irréversible. Naturellement, des espèces nouvelles apparaissent sans arrêt, mais à un rythme extrêmement lent dans la très grande majorité des cas, tellement lent qu’il est quasi imperceptible à l’échelle d’une génération humaine. Il y a là une dimension éthique majeure : au nom de quoi l’humanité s’arroge-t-elle le droit de porter atteinte au cœur même du phénomène vivant ? Les êtres humains veulent-ils rester dans le monde vivant ou ont-ils décidé de s’en affranchir ?

Si l’on adopte un point de vue plus utilitariste, cette crise de la biodiversité nous promet des lendemains difficiles. En affaiblissant, ou en coupant carrément des branches de l’arbre du vivant, nous compromettons les capacités d’adaptation des écosystèmes et des agrosystèmes aux changements de toutes natures : climat, usage des terres, espèces invasives, pollution, etc. La perte de biodiversité est à coup sûr une perte de résilience. Par ailleurs, le fonctionnement des écosystèmes détermine des caractéristiques et des processus qui modulent la qualité de notre milieu de vie et une bonne partie de nos ressources. On parle à ce propos de services écosystémiques : la biodiversité, proche ou lointaine, nous délivre gratuitement de nombreux bienfaits dont certains sont strictement vitaux et, jusqu’à preuve du contraire, irremplaçables. Ce concept de service écosystémique met en évidence notre dépendance à la nature. C’est là son grand intérêt, mais attention, il n’est qu’une vision socialisée de la nature, c’est-à-dire une vision partielle, partiale et provisoire de la nature : une espèce ou un écosystème qui ne rend pas de service aujourd’hui peut en rendre demain et participe de toute façon, ici et maintenant, à la dynamique du système qui porte les espèces ou les écosystèmes d’intérêt.

L’avenir de la biodiversité est sombre. Si l’artificialisation des milieux et la croissance de l’agriculture se poursuivent au rythme et selon les modalités actuels, si le changement climatique, qui devient petit à petit l’autre cause majeure du déclin du vivant, atteint les sommets qui nous sont promis, alors nous rentrerons, si ce n’est déjà fait, dans une pagaille écologique de grande ampleur. La nature s’en remettra, même si cela prendra du temps. Mais nous ?

Mis en ligne sur Cairn.info le 19/09/2018

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